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Art-thérapie Paris La nouvelle Présidente de la Ligue Professionnelle d'Art-Thérapie est Béatrice Géneau - Art-thérapeute à Paris


Art-thérapie : un carnaval de confettis !


Si j’ai emprunté le titre de mon écrit au Poinçonneur des lilas c’est que j’entends le thème de l’art-thérapie comme une question. Cette question je voudrais l’aborder, disons tenter de la border (en deux mots) car une question ça fait effectivement des petits trous dans la certitude et que face à une question deux voies sont possibles soit la colmater par une réponse définitive soit tourner autour pour en souligner la fonction.

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Je propose donc de partir de ces petits trous que creuse cette question et de tenter de cerner ce en quoi l’art-thérapie est concernée par le poinçon. L’art-thérapie se situe dans le champ de la Santé mentale. Nous ne sommes pas sans remarquer qu’il est courant de nos jours d’associer le signifiant « Santé » à celui de « trou ».

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Je ne citerai qu’un exemple trivial: le trou de la Sécurité Sociale, cette plaie, disons : ce déficit. Ce trou dans notre sécurité personnelle et collective est pointé du doigt comme manque dans la sphère sociale. La Santé mentale est ainsi reconnue coupable de faire des folies. Un peu comme s’il s’agissait d’en revenir au sens premier de la folie : cette simple cabane couverte de feuilles : se contenter de mettre ceux qui décabannent en cabane : au trou ! Sur un plan topologique avec ce déficit nous sommes bien en présence d’un trou dans une sphère, un trou dans une boule initialement placée en position d’Idéal : la sécurité. On pouvait s’y attendre puisque toute structure, et la sphère sociale en est une, s’articule à partir du Réel et que ce trou du Réel a pour fonction essentielle de revenir toujours à la même place. Le problème est que si l’on snobe ce Réel on s’empêtre dans l’Imaginaire et ce trou du Réel se trouve dés lors logiquement colmaté par une figure. Le déficit logique lié à la structure nécessite alors la figure imaginaire : celle du déficient qui est ainsi réduit au rôle de figurant à l’opposé de l’acteur économique La position du Maître qui se doit de maîtriser la dépense, de maîtriser l’écoulement, le condamne à chercher à droite ou à gauche le figurant du trou.

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Ajouter le signifiant : mentale à celui de Santé renforce celui de trou et de boule perdue. La mission décernée aux acteurs de la Santé est d’aller chercher par quel trou ça perd sous-entendu par quel trou on n’y perd et de le colmater. Asclépios, dieu de la médecine, qui tenait son nom de la taupe était déjà tenu d’aller fouiller les galeries du Réel et de confier à ces filles la mission de les obturer ? Cette idée de trou dans la sphère apparaît régulièrement dans le discours des observateurs. On peut lire dans le rapport du Conseil Européen de 93: « Il est une réalité sociale qui se dérobe à la science et à la compréhension : les sans-logis, trou noir sur notre planète, condensé de toutes les exclusions »Par ailleurs, il n’est pas rare d’entendre associée au signifiant : citoyen, l’expression : « à part entière » évoquant un citoyen comblé, enfin réparé et lié sans faille à ses congénères à partir des normes d’un conscient et d’un inconscient supposés collectifs et unificateurs. Que chacun soit inclus dans la sphère entendue au sens pascalien c'est-à-dire à l’ensemble des limites qui bornent les choses morales. Or, le lien social devrait être entendu du côté d’un fantasme collectif et c’est ainsi qu’il pourrait être compris comme simple mouvement, comme travail psychique constant, tenu de faire avec le trou du Réel qui sépare la Cité en tant qu’objet idéal du sujet dit : citoyen.Le lien social en tant que fantasme collectif est à saisir comme un assemblage de fantasmes individuels tous marqués d’un poinçon et lui-même séparé de l’objet désiré : la sphère sociale idéalisée.Ce fantasme collectif est une forme de puzzle vivant où se reflète la multiplicité des relations possibles à ce qui constitue le bien-vivre ensemble à partir du poinçon séparant chaque singularité de la Cité brillant au loin comme inaccessible étoile.

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Il n’y a pourtant ni sphère privée ni sphère publique mais un composé fantasmatique mouvant fondamentalement marqué par l’intrication des manques. Si le lien social consiste à intégrer les figurants du manque en tant que citoyens de droit elle est logiquement à entendre comme ouverture au risque créatif de compositions fantasmatiques inédites et non pas comme retour à une cosmogonie définitivement perdue du fait de notre incurable inscription dans le langage et donc dans l’imperfection.C’est la résistance face au risque de la créativité qui motive au fond toute forme d’exclusion. L’idéal du lien social posant la Cité idéale en tant qu’objet insaisissable suppose la mise en forme jamais achevée de la communauté des castrés.

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Encore faut-il que cette même communauté s’accorde autour de cette idée selon laquelle : le bonheur est dans le presque et qu’elle reconnaisse la dimension supposé du savoir en se refusant de situer la réponse définitive chez un maître suprême ou chez les petits maîtres qui tentent inlassablement de s’imposer comme bandeau collé sur le trou de l’œil du Réel. Si jadis la Nature fût visée comme modèle, idéal salutaire du lien social cherchant hors la Cité son paradis perdu, si jadis elle fût prise elle-même pour le Réel avec le retour des saisons et des travaux toujours à la même place, elle est devenue passoire sous les coups redoublés de la science.On dénonce le trou dans la couche d’ozone et les trous noirs menaçants. Toute nouvelle découverte efface les derniers rejetons d’anthropomorphisme. Bernard Dugué déclare : « La cosmologie contemporaine a rendu l’univers inintelligible. Plus on cherche et plus on trouve, mais ce que l’on trouve ce sont des poinçons dans la boule et tout autour d’elle. Plus on s’acharne à trouver le moyen d’allonger la vie, de repousser le dernier poinçon et plus les petits poinçons de mémoire, les petits trous du Réel disséminé, surgissent. Plus on cherche plus on troue !

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C’est la science elle-même qui creuse des trous, décompose les unités, met d’abord un trou entre les éléments avant de découvrir les lois qui les mettent en connexion mais il convient de ne jamais oublier que ce premier trou est sans loi.La science cherche avec le langage et fait parler la nature selon les lois initiales de ce langage qui contient une part irréductible d’inintelligibilité qui s’étend et se disperse à mesure de ses opérations. La nature ne tient pratiquement plus sa place de Réel perdu ce qui peut expliquer le peu de crédibilité que récolte l’écologie malgré ses campagnes !Cette réalité de l’éclatement du Réel et de la multiplication des plaies va de pair avec la passion réparatrice de la pulsion arachnéenne où le tissage fébrile de toiles imaginaires tente de colmater ces petits poinçons surgit de toute part et, si l’on n’y prend garde, notre méthode art-thérapeutique risque d’être contaminée par cet emballement. Internet, par exemple, en tant qu’illusion d’un lien social parfait, tisse sans relâche sa toile en guise de membrane d’une sphère aujourd’hui trouée de toute part. Je dis : « imaginaire » car c’est à la quantité de connexions que le lien s’évalue. L’un des réseaux sociaux a été contraint de limiter le nombre d’amis de chaque internaute à cinq mille ! Le quantitatif est toujours du côté de l’Imaginaire.L’autre toile aux élans maniaque est celle qui est tissée dans le monde de la Santé mentale sous forme de grilles de plus en plus serrées, toile idéalisée de l’évaluation, toile supposée capable de repriser ce qui fait trou dans la réalité psychique. Là aussi le quantitatif de la signification prend le pas sur le sens qui ne peut faire l’impasse de l’adresse du sujet à un supposé-savoir pour tenter de combler le poinçon qui les sépare. Cette toile pleine de bonnes intentions tente de colmater l’écart vital entre le sujet et son image. Les conséquences logiques de cette pratique seront elles-aussi évaluées et l’on peut s’attendre au pire, car, pousser un sujet à s’identifier symboliquement à son imaginaire c’est tenter de le siamoiser avec l’objet et réaliser à l’image de Narcisse le désir de mort.Une production ça veut dire mais ça ne dit pas. C’est justement le trou, le négatif signalé par « le vœu », qui anime le désir sans le réaliser. La toile est aussi celle que tisse notre art-thérapie et qui doit s’interroger sans relâche sur sa fonction.

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Cette fonction est-elle purement imaginaire et doit-elle maquiller artificiellement le trou dans le savoir institué, disons servir de masque à l’institution, de cache-castration au discours du Maître, à l’image du Peintre au service du Monarque à l’heure où les royaumes évalués sont placés en situation d’extrême rivalité ? Il est bon de se souvenir que c’est la rivalité exacerbée entre la France et l’Angleterre au temps de la guerre de sept ans qui conduisit notre roi Soleil à missionner Vernet au service de son éclat. Le problème est qu’à supporter cette mission les artisans du donner à voir sont toujours mieux placés pour astiquer le blason que les acteurs du soin et qu’il se pourrait bien qu’ils finissent un jour par être conviés à leur place.Il conviendrait de s’entendre sur le sens du signifiant Art dans l’expression : art-thérapie. Rodrigo nous dit que l’Art : « est écart unitif au sein de la strate empirique comme négativité toujours sise dans la constellation de l’unité et de la pluralité.

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Bref comme une idée exclusivement appréhendée comme négation. » Cette expression nous invite, en tant qu’art-thérapeutes, à ne pas engluer ce signifiant dans les contraintes dogmatiques du fonctionnalisme et ceci n’est pas sans évoquer cette proposition de Lacan : « l’Art : cet éternel tiers. » Il conviendrait donc de retenir l’Art comme signe têtu d’un écart, comme poinçon lié à la structure, comme essentiel rappel de la question à nos réponses et non comme simple élucubration de savoir.

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Lacan nous avait prévenus: « Le réel est sans loi. Le savoir est une élucubration sur le Réel. » L’humain ce parlêtre, porte en lui le trou de la langue qui n’a rien d’accidentel. Des artistes tels que Fried nous montrent que l’Art est le témoin privilégié du Réel et non le simple colmatage d’un trou. Il place ses sculptures en des endroits à l’écart de toute recherche du bien-être disons dans les excavations de la Cité. Non pas pour les combler mais pour les signaler. Cette prise de position fait dire à Jean-Pierre Criqui que : « Lorsqu’on rencontre ces créations dans les musées ou sur les pelouses bien tenues des jardins de sculpture ces œuvres frappent par leur côté violemment déplacé, par leur force de surgissement à la limite du traumatique. »

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Le traumatisme que Lacan écrit le “troumatisme », concerne tout sujet parlant et donc toute communauté sociale en tant que poinçon insaisissable par le Symbolique, Se tenir ailleurs qu’au service du bien-être marque ce que j’ai voulu réaliser en demandant avec insistance que le métier d’art-thérapeute ne soit justement pas inscrit par Pôle emploi dans la catégorie : « Bien-être » mais, faute de mieux, dans la catégorie « Psychologies »

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Choisir l’axe du bien-être opposé à l’axe du mal-être c’est toujours forcer la main au lieu de permettre au sujet de prendre sa parole en main. L’art-thérapie est en droit de se tenir en marge de toute forme de réparation si elle accepte enfin l’Art comme rappel du poinçon.

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C’est dans cette optique que j’ai proposé une pratique basée sur l’éphémérité. Cette notion d’éphémérité est associée à celle de bricolage en marge de l’axe du Bien et du Beau. Le signifiant « Beau » couvre d’ailleurs plusieurs significations repérables dans nos expressions populaires. J’en citerai deux. La première: « Le mal est beau » fait signe que le mal est mieux que le pire et nous invite à respecter le symptôme.

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La seconde: « on a beau dire on a beau faire » s’incline justement devant l’incurabilité du poinçon. Au fond, bricoler, c’est faire avec le Réel : c’est faire tant bien que mal. « Etre moderne, dit Cioran, c’est bricoler dans l’incurable. »

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L’art-thérapie ne se démarque pas de la réalité psychique qui nous conduit, selon la logique du fantasme, à bricoler, c'est-à-dire à : tant bien-être que mal-être, en faisant avec le poinçon incurable de la structure. Ces réflexions me conduisent enfin à proposer l’esquisse d’une éthique de l’art-thérapie.

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Le trou tient à la structure du langage et chaque sujet en est logiquement porteur.

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Chaque structure, comme chaque production initiée par le parlêtre, est donc aussi logiquement structurée comme un langage c'est-à-dire comme une sphère trouée à l’image de la réalité psychique. - Faute d’admettre cette réalité structurale la tendance perverse consiste à personnaliser ce trou de structure en produisant une cohorte d’exclus fétichisés de la sphère sociale. - L’art-thérapie ne peut se situer au plus proche de la réalité psychique qu’à refuser de camper dans une position de déni du Réel en se donnant pour mission de le combler au lieu de le cerner sous couvert de plénitude. Lacan dit que ce qui n’est pas symbolisé ressurgit dans le Réel.

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Certes, mais j’avancerais ici que la passion de la symbolisation placée en position d’Idéal conduit toujours les trous du Réel à crépiter de toutes parts et à s’éparpiller en révélant son insensibilité radicale à la Loi.

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Remplacer le poinçon par « quoique ce soit » comme un idéal social, une production idéalisée au nom du bien commun ou par un « qui que ce soit » dont ont nous dit qu’il est « déconnecté » c’est finir d’ouvrir la boite de Pandore. Sans doute est-il préférable de situer le Réel comme signe inévitable de la radicalité du manque seule condition pour l’appréhender comme cause du désir.

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Freud nous met en garde contre toute forme de passion clinique et j’avancerais ici que la passion ainsi entendue, qu’elle soit idéologique ou subjective, est la marque d’une intention qui consiste à imaginer faire sans le Réel, intention qui, aussi bonne soit-elle, risque toujours de finir de paver l’enfer Situer l’Art en tant que poinçon de l’impossible entre le sujet et lui-même comme entre la communauté et ses idéaux, c’est préserver la fonction du fantasme en rappelant qu’il est la condition essentielle pour que tout sujet et toute communauté ne soit pas aspirés dans les trous noirs que génère le désir de mort inclus dans toute visée perfectionniste.

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Jean-Pierre Royol


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La revue de la Société Française de Psychopathologie de l'Expression vient de paraître !

La revue de la Société Française de Psychopathologie de l'Expression vient de paraître !
Créée en 1964, cette Société savante médicale est ouverte aux art-thérapeutes et aux chercheurs de nombreuses disciplines qui se rencontrent deux fois par an pour des Journées d'étude. 

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Elle inscrit ses travaux sur la psychopathologie de l'expression et l'art-thérapie à la jonction des secteurs sanitaire et socioculturel, que ce soit dans une perspective psychothérapeutique, de prévention ou de réhabilitation, de lutte contre la stigmatisation et l'exclusion: Ouvrir un autre regard sur la folie, un autre regard sur l'art. 

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